SPARK (M.)


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SPARK MURIEL (1918- )

Née à Édimbourg, à la fin de 1918, d’une mère quelque peu douée de voyance et d’un père ingénieur juif, Muriel Spark eut toujours le souci, sous le couvert transparent de la fiction, d’assumer ses origines — l’enfance édimbourgeoise dans The Prime of Miss Brodie (Le Bel Âge de miss Brodie , 1961), la double appartenance raciale dans The Mandelbaum Gate (1965) — aussi bien que ses grands choix — sa conversion au catholicisme et incidemment sa préoccupation du Livre de Job depuis The Comforters (1957) jusqu’à The Only Problem (L’Unique Problème , 1984). Elle revisite son enfance et le début de sa carrière d’écrivain dans Curriculum vitae (1992).

Elle avait découvert le porte-à-faux de l’existence coloniale au cours d’une première jeunesse en Afrique centrale et australe (The Go-Away Bird , 1958) qui fut suivie de l’aliénation des services secrets pendant la guerre. Libérée, elle se trouva poète, et même responsable d’une revue poétique, attirée aussi bien par un certain classicisme que par un romantique tel que Baudelaire, qui lui inspira sa Fanfarlo (1952). The Comforters marque le début d’une vocation désormais ininterrompue. D’un roman à l’autre, Muriel Spark poursuivra, inépuisablement divers, l’individu qu’elle encadre avec une précision extrême et une vérité toujours retrouvée, dans son milieu local (depuis Peckham Rye jouxtant Londres jusqu’à Rome et New York) et social (les célibataires, les vieux de Memento Mori (1959), les jeunes «demoiselles de petite fortune»).

De sa conversion au catholicisme, Muriel Spark retient une constante exigence éthique, tout autre qu’édifiante: la volonté à travers la fiction de dire du vrai et de dénoncer du faux, de montrer sous un jour critique des individus se faire ou se défaire. Ibsen avait présenté l’«illusion vitale» comme une probable nécessité. L’illusion est ici le confort néfaste dans lequel l’existence se déroule parmi les conventions. C’est la forme courante du mensonge. Le dégonflage du faux (baudruches en place de Peckham Rye, Miss Brodie et sa dérisoire volonté de puissance) est à la fois cruel et comique. Vivre à tout prix en conformité avec son «image publique» apparaît moins scandaleux que de réaffirmer la vérité de soi (The Public Image , 1968). Ce qu’on pourrait appeler la falsification des étiquettes, la malhonnêteté à l’abri des lois se faisant au besoin accusatrice, fait horreur à Ronald le juste (The Bachelors [Les Célibataires ], 1960). La manipulation de l’autre à des fins mensongères, l’embrouillement des consciences sont le jeu auquel se livre sir Quentin (Loitering with Intent [Intentions suspectes ], 1981), jeu criminel et pourtant de bonne société. En face des attitudes courantes, l’obsession du vrai comme valeur fondamentale peut atteindre le degré de l’anomalie. Elle est liée chez Ronald à son épilepsie.

Muriel Spark est restée assez poète pour être concernée d’abord par le sens et la portée de sa propre création. Par le biais d’une héroïne très proche d’elle-même, elle se situe dès son premier roman, The Comforters , parmi ceux qui ont un rapport anormal avec la réalité. Caroline entend des voix, quelqu’un tape à la machine ce qui lui arrive ou qui va lui arriver. L’héroïne, autobiographique elle aussi, de Loitering with Intent voit non seulement le roman qu’elle écrit se poursuivre, sans qu’elle le veuille, parallèlement à la réalité qu’elle vit et voit vivre, mais s’emballer en quelque sorte, et anticiper sur le vécu. Muriel Spark s’intéresse par affinité élective à tous les phénomènes de «clairvoyance», aux médiums vrais (faisant la part de l’imposture), aussi bien qu’aux bohémiens les plus doués. Il y a double vue de la réalité, vécue et recréée ou inventée simultanément, qui en saisit l’ultralogique profonde. C’est au degré suprême la vision de Dieu, c’est aussi celle du Diable et de ses séides — telle l’équipe sinistre de domestiques du château Klopstock (Not to Disturb [Ne pas déranger ], 1971) qui connaissent par maléfice les trois morts qui vont achever dans cette même nuit l’histoire de leurs maîtres, et qui en font d’avance commerce. Mais quel commerce? Il faut noter qu’il s’agit de scénario, de film, de «droits», de toute une collusion avec les médias. Muriel Spark doit se lire à plusieurs niveaux. Le plus subtil est une mise en question sinon en accusation de sa façon de dire du vrai par le biais de la fiction, et de dérouler l’événement jusqu’à sa fin.

Muriel Spark se préoccupe peu d’astreintes chronologiques. Les personnages peuvent d’avance être présentés au-delà de cette limite. Natures mixtes puisque fictions, ils sont gros de leur vie et de leur mort: Mary Macgregor est celle-qui-mourra-dans-l’incendie-de-son-hôtel. Ils peuvent même en être conscients et s’en rendre responsables, comme Lise dans The Driver’s Seat (Le Siège du conducteur , 1970).

Le temps est lié à la vie. Après, c’est le non-temps. Peut-on, à force de frustration désespérée et d’intensité démiurgique, relancer le courant vital du temps? Ce sera la tentative de Paul dans Hothouse by the East River (Une serre sur l’East River , 1973). La question du Mal revient obstinément dans les romans tels que A Far Cry from Kensington (Le Pisseur de copie , 1988) ou Symposium (Le Banquet , 1990). Le génie nuancé d’humour de Muriel Spark est de faire voir ce simulacre si appliqué rester pourtant subtilement dérisoire. C’est aussi, par la plus belle et plus grave invention, de faire retrouver à Elsa, le personnage central, assez de vie autonome et véritable pour assumer sa mort. Et ainsi retrouver la vérité.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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